Des membres du groupe armé M23 devant les mines de coltan à Rubaya, le 5 mars 2025 en RDC ( AFP / Camille Laffont )
Les forces de Kinshasa mènent mercredi des attaques sur plusieurs fronts contre le M23 dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), avec l'appui de drones qui ont frappé le groupe armé à proximité de l'un des principaux gisements de coltan au monde.
La cité minière de Rubaya, située dans la province troublée du Nord-Kivu (est) dans une zone sous contrôle du M23, produit entre 15 et 30% du coltan mondial, minerai stratégique pour l'industrie électronique. La RDC en détiendrait au moins 60% des réserves mondiales.
Depuis 2021, le M23 s'est emparé avec le soutien de Kigali et son armée de vastes pans de territoires dans l'est de la RDC, riche en ressources et ravagé depuis trente ans par des conflits.
Le M23 a lancé en décembre une offensive sur la cité stratégique d'Uvira, proche du Burundi et située dans la province orientale du Sud-Kivu, suscitant l'ire de Washington, médiateur d'un fragile accord de paix entre la RDC et le Rwanda, et qui espère sécuriser son approvisionnement en minerais stratégiques face à la Chine.
L'Angola, médiateur du conflit dans l'est, a proposé à Kinshasa et au groupe antigouvernemental M23 soutenu par Kigali de respecter un cessez-le-feu à compter du 18 février.
Mais les parties se sont mutuellement accusées de l'avoir violé dès vendredi, et les combats ont gagné en intensité ce weekend dans les provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
- Pressions américaines -
Des milices locales appuyées par des militaires congolais et des frappes de drones, ont mené mercredi des attaques simultanées en plusieurs points de la ligne de front dans la province du Nord-Kivu, en particulier dans le territoire de Masisi, ont indiqué des sources locales et sécuritaires.
Ces milices se sont notamment emparées de la localité de Kazinga, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Rubaya, selon ces sources.
Mardi, des combattants du M23 ont été touchés par une frappe de drone à proximité de la cité minière de Rubaya, ont déclaré à l'AFP un responsable du groupe armé et des sources sécuritaires.
Vue générale du le site minier géant de Rubaya, qui approvisionne une grande partie du monde en coltan, le 5 mars 2025 ( AFP / Camille Laffont )
Le site minier de Rubaya s'étend sur plusieurs dizaines de kilomètres et est passé en avril 2024 sous le contrôle du M23, qui en tire d'importants revenus grâce à une taxe prélevée sur la production et le commerce des minerais, selon des experts de l'ONU.
"Au centre de Rubaya, c’est la psychose, je suis allé voir l’endroit où le drone a bombardé, mais on nous a refusé l’accès", a déclaré mardi à l'AFP un habitant sous couvert de l'anonymat.
L'AFP n'a pas été en mesure de confirmer le bilan de cette frappe avec des sources indépendantes, dans une zone où l'administration et les organisations de la société civile ont fui l'avancée du M23 en 2024, et où le réseau téléphonique est coupé depuis l'attaque de mardi.
Des combats ont également été signalés mercredi dans les territoires de Fizi et de Kalehe, situés dans la province du Sud-Kivu, par des sources locales.
L'armée congolaise affronte depuis plusieurs semaines une coalition de milices alliées au M23 avec l'appui d'environ 5.000 soldats burundais dans les plateaux du Sud-Kivu, selon des sources militaires burundaises, sans effectuer de percée significative.
Surpassées dans le domaine terrestre par le M23 et des troupes rwandaises mieux équipées et organisées, les forces de Kinshasa ont réussi à stabiliser leurs lignes en partie grâce aux pressions américaines sur le Rwanda, ont assuré à l'AFP des spécialistes de la région et des sources sécuritaires.
Kinshasa s'est également assurée une relative maîtrise du ciel grâce à ses drones chinois et turcs à long rayon d'action, et l'appui de paramilitaires étrangers, d'après ces sources.
Emmanuel Macron a insisté mercredi sur la nécessité d'un cessez-le-feu et d'une "solution politique durable" dans l'est de la RDC, à l'issue d'un entretien à l'Elysée avec son homologue congolais Félix Tshisekedi.
"La France soutient pleinement les efforts de médiation pour une solution politique durable dans la région des Grands Lacs, la cessation des hostilités, un cessez-le-feu et le respect de l'autorité de l'État et de l'intégrité territoriale de la RDC", écrit le président français sur le réseau X.
Mercredi, la Mission de l'ONU en RDC (Monusco) a annoncé sur X avoir accueilli à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu tombée aux mains du M23 début 2025, le général zambien Charles Nakeempa, commandant du Mécanisme conjoint de vérification élargi (MCVE), une structure régionale chargée de documenter les violations du cessez-le-feu dans l'est.

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